La science citoyenne peut côtoyer les données d’experts (et pourquoi cela est important pour la schistosomiase) – The Applied Ecologist

Présélectionné pour le Prix Georgina Mace
À propos de la recherche
Aperçuw
Les maladies tropicales négligées suivent souvent une règle inconfortable : les personnes les plus touchées sont celles les moins couvertes par la surveillance. Et si vous ne pouvez pas mesurer le risque, vous finissez par réagir tard, voire pas du tout. La schistosomiase en est un exemple clair. Elle touche plus de 250 millions de personnes dans le monde et touche de manière disproportionnée les personnes vivant dans la pauvreté. Autour du lac Albert, dans l’ouest de l’Ouganda, la prévalence peut être extrêmement élevée dans certaines communautés, mais la surveillance est limitée par la distance, les infrastructures et le coût.
Nous ne pouvons pas tout mesurer, mais la schistosomiase nous donne des éléments concrets à suivre. Sans les bons escargots d’eau douce, la transmission ne peut pas avoir lieu. Ainsi, si nous pouvons prédire où ces escargots persistent, nous pouvons voir où la transmission est même possible. C’est la motivation derrière ATRAP, notre projet de science citoyenne qui forme et soutient les réseaux locaux pour collecter des données à grande échelle sur les escargots hôtes intermédiaires en milieu rural.
Dans cet article, nous testons une question pratique : Les données générées par les citoyens peuvent-elles prédire où se trouvent les escargots ainsi que les enquêtes d’experts ? Nous montrons que c’est possible, lorsque les protocoles sont clairs, les observations sont validées et les efforts d’échantillonnage sont pris au sérieux. Nous n’avons donc pas à choisir entre portée et rigueur.
Surprises et défis
Ce qui ressort le plus n’est pas un problème de données, mais un problème de perception : la science citoyenne est souvent traitée avec scepticisme dès le départ. Ainsi, au lieu de discuter, nous avons construit un flux de travail qui pourrait être autonome : validation des photos, métadonnées d’effort, filtrage minutieux et modèles prenant en compte les visites répétées et les différences des observateurs. Un autre défi était la réalité du travail sur le terrain en milieu rural : l’échantillonnage est interrompu par la maladie, la météo ou des priorités concurrentes. Plutôt que de prétendre que les conditions étaient parfaites, nous avons conçu l’analyse pour tirer les leçons de cette variabilité et rendre visible l’incertitude.
La plus heureuse surprise fut les fiançailles. Les scientifiques citoyens ne se contentaient pas de soumettre des rapports ; ils voulaient comprendre les résultats et les utiliser. Dans ATRAP, les retours (newsletters, explications, rappels) ne sont pas un supplément ; cela fait partie de ce qui permet à la science de fonctionner et au réseau de rester durable.
Prochaines étapes et implications plus larges
L’engagement autour de l’ATRAP a été l’un des résultats les plus stimulants de ce travail. Les données ne sont pas restées dans une base de données : la sensibilisation et le feedback ont déclenché des actions de débordement. Les gens ont commencé à signaler les endroits où se trouvent les escargots et certaines communautés ont lancé des efforts pour élargir l’accès à l’eau potable, notamment en créant de nouveaux forages. Nous collaborons désormais avec les décideurs politiques et les parties prenantes. La co-création devient une véritable priorité, non seulement avec les scientifiques citoyens, mais aussi avec les gouvernements locaux, les ONG et les écoles.
Scientifiquement, la prochaine étape consiste à se rapprocher du mécanisme. La présence d’escargots est inégale et déterminée par le microhabitat. Nous avons donc besoin de variables sûres et réalistes à petite échelle que les citoyens peuvent enregistrer de manière cohérente sur les sites d’échantillonnage (par exemple, profondeur de l’eau, substrat, végétation aquatique). Nous souhaitons également aller au-delà de la présence d’escargots vers la pertinence de la transmission : ATRAP explore des options adaptées au terrain, telles que l’ADN environnemental, pour détecter la présence de parasites et évaluer l’impact des interventions autour du lac Albert.
En pratique, ce travail soutient un message simple : la science citoyenne peut être à la fois responsabilisante et scientifiquement exacte. Si nous investissons dans la formation, la validation et un plan d’échantillonnage soigneusement planifié, cela devient un moyen évolutif d’étendre la surveillance là où la surveillance par des experts ne peut pas facilement atteindre. Et comme les projets ne sont pas éternels, la durabilité doit être intégrée dès le départ par le biais de partenariats, de matériels de formation utilisables et de protocoles qui restent pertinents longtemps après que les projecteurs de la recherche se soient tournés vers eux.
À propos de l’auteur
Poste actuel
Je suis actuellement doctorant FWO à la KU Leuven et au Musée royal de l’Afrique centrale (Belgique), travaillant au sein de l’équipe ATRAP. Ensemble, nous combinons la biologie des parasites des escargots, la conception scientifique citoyenne, la modélisation spatiale et les perspectives socioécologiques pour transformer les données scientifiques citoyennes en preuves pouvant soutenir une surveillance ciblée de la schistosomiase.
S’impliquer dans l’écologie
Je me suis intéressé très tôt à l’écologie parce que j’adorais la façon dont les documentaires sur la nature expliquaient les choses. Ils ne montraient pas seulement des animaux ; ils ont montré des systèmes. La nature semblait logique : modèles, rétroactions, conséquences. Mais je ne pouvais pas séparer la science de ce que je voyais autour de moi, et cette partie ne me semblait pas si logique. Avoir grandi au Pérou et avoir vu de près les inégalités m’a appris une vérité inconfortable : les gens ne choisissent pas leur lieu de naissance, mais cela détermine l’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation. C’est pourquoi j’ai été attiré très tôt par l’écologie appliquée : parce que la société et la nature sont à jamais liées. One Health a donné des mots à ce lien. L’épidémiologie écologique est devenue ma façon de travailler à cette intersection, et ATRAP m’en a donné l’expérience vécue : apprendre avec des scientifiques citoyens, des chercheurs, des enfants curieux, des décideurs politiques et des mentors qui prennent au sérieux la réalité désordonnée.
Axe de recherche actuel
En ce moment, je travaille sur la création d’un flux de travail général pour rendre la science citoyenne utilisable dans différents contextes en Afrique subsaharienne. Après avoir travaillé avec trois réseaux (Ouganda, RDC et Tchad), mon objectif est de définir un flux de travail clair et transférable (par exemple validation, diagnostic, étalonnage et communication de l’incertitude), afin que les futurs projets puissent partir d’une base de référence solide plutôt que de tout réinventer à chaque fois.
Conseils aux collègues écologistes
Soyez ouvert. Soyez ouvert à l’interdisciplinarité, aux approches multiples et aux points de vue différents. Lors de l’élaboration de ce document, la contribution de personnes issues de différents horizons et de différents types d’expertise a rendu le travail plus solide et, honnêtement, plus défendable. Si vous faites de la science citoyenne, appliquez la même rigueur que partout ailleurs, mais respectez les parties que vous ne pouvez pas contrôler. Et n’oubliez jamais : les gens ne sont pas que des collecteurs de données. Lorsque vous les traitez comme des collaborateurs, la science s’améliore.
Lire l’article complet Grandes cartes mentales : modèles de distribution par les citoyens et les experts des hôtes d’escargots schistosomiques dans les zones rurales de l’ouest de l’Ouganda dans Solutions et preuves écologiques.




