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08/02/2024

Chambre d’hôtes ou petit-déjeuner ? Le chevreuil équilibre l’alimentation et la sécurité en fonction de la phénologie des cultures – The Applied Ecologist


Noa Rigoudy et ses co-auteurs nous en parlent leur dernier ouvrage, soulignant comment l’ajustement comportemental peut atténuer les conséquences de la réduction des habitats naturels qui accompagne l’intensification de la production agricole. Cela a des implications pour comprendre comment les pratiques agricoles façonnent les compromis en matière de sécurité alimentaire de la faune sauvage vivant dans ces paysages hautement modifiés.

La faune dans les agroécosystèmes

Le cycle de vie des plantes (c’est-à-dire leur phénologie) influence la façon dont la nourriture est distribuée dans les paysages. Les animaux sauvages tentent de suivre ces changements dans l’espace et le temps et se déplacent en conséquence pour satisfaire leurs besoins quotidiens, comme manger ou se reposer.

Cependant, les habitats dans lesquels ils peuvent se nourrir ne sont pas toujours les meilleurs pour éviter les prédateurs… Les animaux équilibrent alors constamment leur temps entre manger et rester en sécurité dans différents habitats.

Les activités humaines, comme l’agriculture, ont a radicalement modifié la répartition des ressources alimentaires et la phénologie des plantes disponible pour les animaux sauvages sur Terre.

Exemple d’agroécosystème français composé d’une mosaïque de terres agricoles entrecoupées de haies clairsemées et de petites parcelles boisées © Noa Rigoudy

Les agroécosystèmes sont particulièrement emblématiques de ces altérations car ils représentent une mosaïque de terres agricoles (divisées en différentes parcelles de culture) et d’habitats plus « naturels » comme les bois, les haies ou les jachères, dans lesquels doivent naviguer les animaux sauvages.

Chaque culture peut représenter une ressource très différente en termes de nourriture ou de couvert et son rôle fonctionnel pour les animaux pourrait probablement changer au fur et à mesure de sa croissance.

Exemple du cycle de vie du blé : de l’émergence d’une plante petite et tendre, à une tige haute et sèche et enfin, à un chaume court après récolte avec des grains restant au sol © Noa Rigoudy

De nombreux paysages européens sont devenus des agroécosystèmes dans lesquels les humains et la faune sauvage coexistent, mais on sait peu de choses sur la manière dont la faune sauvage réagit aux changements dans la dynamique des cultures, notamment en ce qui concerne leur utilisation comme couverture potentielle.

Pratiques agricoles et comportement du chevreuil

Nous nous sommes demandés :

  • Les animaux sauvages suivent-ils les changements dans la phénologie des cultures et utilisent-ils les cultures à la fois comme nourriture et comme abri en fonction du type de culture et de ses différents stades de vie ?
  • Les cultures hautes sont-elles parfois utilisées comme habitats refuge et peuvent-elles remplacer le manque de couvert plus « naturel » dû aux activités agricoles ?

Pour répondre à ces questions, nous avons étudié l’influence des changements anthropiques dans la phénologie des cultures sur les chevreuils femelles adultes européennes (Capréole capréole) comportement dans un agroécosystème français.

Nous avons évalué si les types de cultures courants (maïs, blé et prairies artificielles) étaient utilisés comme nourriture et/ou comme abri tout au long de leur cycle de vie, et si cela dépendait de la densité locale des habitats refuges « naturels ».

Un chevreuil mâle adulte équipé d’un collier GPS debout dans un champ de blé récolté © Bruno Lourtet

Pour ce faire, nous avons suivi le mouvement et surveillé l’activité des chevreuils, à l’aide de colliers GPS, et comparé ces données aux données environnementales enregistrant les types de cultures et les changements de leur phénologie.

Les cultures ont des rôles fonctionnels différents pour le chevreuil

Les chevreuils utilisent les cultures différemment et avec des niveaux d’activité différents selon le type de culture, son stade de vie et l’heure de la journée. Le blé et les prairies artificielles étaient préférentiellement utilisés la nuit uniquement au début et après la récolte, lorsque les chevreuils étaient très actifs, évocateurs d’une activité alimentaire. Au contraire, les chevreuils préfèrent utiliser le maïs pendant la journée lorsque celui-ci est suffisamment haut pour leur fournir un abri et lorsqu’ils sont moins actifs, ce qui indique qu’il est principalement utilisé comme refuge.

Chevreuil femelle adulte debout dans un champ de blé mature, seule sa tête est visible © Bruno Lourtet

L’utilisation du maïs comme refuge dépendait de la disponibilité d’une couverture plus « naturelle », telle que des forêts et des haies, dans les zones environnantes. Les chevreuils qui avaient peu accès au couvert « naturel » semblent compenser en utilisant du maïs haut, suggérant que le maïs mature peut se substituer au couvert « naturel » lorsque celui-ci est rare.

Préserver des paysages hétérogènes

Les paysages européens ont subi des changements radicaux au siècle dernier, en raison de l’intensification de l’agriculture, qui a entraîné une forte réduction de l’étendue des forêts et des haies et une homogénéisation des types de cultures pratiquées. Les chevreuils ont donc dû adapter leur comportement à la dynamique des cultures. Nos travaux mettent en évidence l’importance de préserver des paysages hétérogènes comportant à la fois des habitats indigènes et des cultures pouvant remplir des fonctions similaires pour la faune.

Résumé de l’étude © Rigoudy et al., 2024

Nous préconisons maintenir des paysages hétérogènes qui combinent des habitats naturels avec une grande diversité de cultures pour promouvoir la coexistence entre humains et ongulés.

Lisez entièrement l’article « La phénologie des cultures remodèle le paysage de la sécurité alimentaire du chevreuil dans un agroécosystème » dans Journal d’écologie appliquée



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