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28/04/2026

Qu’est-ce qui contrôle la biodiversité sur les îles naturelles des savanes tropicales hypersaisonnières ? |


Henrique Augusto Mews, de l’Université fédérale de Rondonópolis au Brésil, parle de son article : Décrypter les facteurs déterminants de la richesse des espèces insulaires dans les savanes tropicales

De nombreux paysages contiennent des habitats « insulaires » : des parcelles de conditions propices entourées d’une matrice inhospitalière. La manière dont la diversité des espèces est régulée dans ces systèmes reste étonnamment mal comprise. Dans les savanes tropicales, comme le Cerrado du centre du Brésil, un exemple frappant est le champs de murundus (littéralement « champs de monticules de terre »). Ces paysages sont parsemés de milliers de petits monticules de terre construits et entretenus par les termites. Pendant la saison des pluies, les prairies environnantes sont inondées, tandis que les buttes restent sèches, fonctionnant comme de véritables îlots pour les plantes et les animaux qui ne supportent pas les sols gorgés d’eau. Cette mosaïque naturelle offre une opportunité exceptionnelle de tester si les concepts classiques de biogéographie insulaire, la disponibilité des habitats ou les processus à l’échelle du paysage expliquent le mieux les modèles de biodiversité.

Photographie de terrain d’un monticule de terre (un tas) dans un champ de murundus dans le parc national d’Araguaia, Mato Grosso, Brésil. Le monticule de terre abrite des plantes ligneuses et herbacées typiques du Cerrado et contient en son centre une grande termitière. Il est entouré d’une végétation plate dominée par l’herbe, caractéristique des plaines inondées saisonnièrement. Crédit photo : Ben Hur Marimon-Junior.

Ce que nous avons fait

Nous avons étudié 373 monticules de terre répartis sur 11 parcelles d’un hectare dans une vaste zone protégée du centre du Brésil. Ces monticules varient considérablement en taille, en hauteur et en espacement, constituant un laboratoire naturel idéal pour tester des idées écologiques classiques et modernes. Nous nous sommes concentrés sur trois groupes clés qui dominent et façonnent ces systèmes : les plantes ligneuses (arbres et arbustes), les plantes herbacées et les termites. Nous avons combiné des inventaires détaillés sur le terrain avec des modèles statistiques spatialement explicites pour tester comment la superficie insulaire, l’isolement et l’hétérogénéité des habitats affectent la diversité locale, et comment les processus à l’échelle du paysage façonnent des modèles de biodiversité plus larges.

Photographie de terrain d’un champ de murundus dans le parc national d’Araguaia, Mato Grosso, Brésil. Crédit photo : Ben Hur Marimon-Junior.

Résultats clés

La taille des monticules de terre était le principal facteur de diversité végétale. La richesse en espèces d’arbres et d’herbes augmentait de manière constante avec la superficie des monticules, ce qui correspond étroitement aux prédictions de la théorie de la biogéographie insulaire. L’isolement n’a eu que peu d’effet. Contrairement aux attentes classiques, la distance entre les monticules n’a pas influencé la richesse spécifique, ce qui suggère que la connectivité saisonnière et la dispersion à travers le paysage réduisent les effets d’isolement. L’hétérogénéité de l’habitat a joué un rôle mineur. Les différences structurelles entre les monticules n’ont pas augmenté de manière substantielle la richesse en espèces locales une fois que nous avons pris en compte la superficie. Les termites suivaient des règles différentes. La richesse en espèces de termites était faiblement liée à la taille du monticule de terre ou à l’isolement, ce qui indique que les conditions locales de nidification, les processus stochastiques et les comportements spécifiques aux espèces sont plus importants pour ce groupe. Les processus paysagers étaient importants pour les arbres. À des échelles plus larges, la diversité des arbres reflétait la quantité totale d’habitat et la façon dont les espèces étaient réparties entre les monticules, reliant les modèles locaux à la dynamique des métacommunautés.

Résumé graphique illustrant comment la biodiversité sur terre s’amoncelle (murundus) est structuré en savanes tropicales hypersaisonnières : la richesse en espèces végétales augmente avec la superficie des monticules, tandis que l’isolement joue un rôle mineur et les termites suivent des schémas différents, largement indépendants de leur taille. Crédit image : Denis Silva Nogueira.

Principales conclusions et pourquoi elles sont importantes

Notre étude montre que, dans les savanes hypersaisonnières, la superficie compte vraiment, mais pas de la même manière pour toutes les formes de vie. Pour les plantes, les monticules de terre se comportent un peu comme des îles classiques : des « îles » plus grandes abritent plus d’espèces. Pour les termites, cependant, la biodiversité semble être régie par des mécanismes différents, plus localisés, tels que les conditions de nidification, les processus stochastiques et les comportements spécifiques aux espèces.

Cela est important pour trois raisons principales. Premièrement, cela confirme que des règles écologiques simples peuvent encore expliquer les modèles de biodiversité dans des paysages naturels complexes. Deuxièmement, il souligne que différents organismes réagissent de différentes manières à la taille et à la configuration de l’habitat, mettant en garde contre les stratégies de conservation universelles. Enfin, en se concentrant sur un système de savane du Cerrado brésilien largement répandu mais peu étudié, nos travaux contribuent à améliorer la compréhension et la protection de l’un des biomes les plus menacés au monde.





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