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27/03/2026

Les populations de poissons d’eau douce chutent de 81 % alors que les migrations fluviales s’effondrent


Certaines des migrations animales les plus longues et les plus essentielles sur Terre ont lieu sous la surface des rivières. Un nouveau rapport majeur de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), un traité environnemental des Nations Unies, prévient que bon nombre de ces migrations sont désormais en train de s’effondrer rapidement.

L’évaluation mondiale des poissons migrateurs d’eau douce, publiée lors de la 15e réunion de la Conférence des Parties (COP15) de la CMS au Brésil, révèle que les poissons migrateurs d’eau douce font partie des espèces les plus menacées au monde. Ces poissons sont essentiels au maintien de rivières saines, au soutien des principales pêcheries intérieures et à la fourniture de nourriture et de moyens de subsistance à des centaines de millions de personnes.

Des centaines d’espèces de poissons migrateurs ont besoin d’une protection mondiale

L’évaluation met en évidence des centaines d’espèces de poissons migrateurs qui nécessitent une action internationale coordonnée. Il fournit des preuves solides que les poissons dépendant des rivières connectées à travers les frontières nationales déclinent rapidement en raison de la construction de barrages, de la fragmentation de l’habitat, de la pollution, de la surpêche et des changements écosystémiques liés au climat.

Au total, 325 espèces de poissons d’eau douce migratrices ont été identifiées comme candidates aux efforts internationaux de conservation, ce qui témoigne d’une crise de biodiversité largement négligée dans les systèmes fluviaux partagés.

Une répartition régionale des 325 espèces de poissons d’eau douce migratrices considérées comme candidates à la protection internationale (au-delà des 24 déjà inscrites) aux annexes I (espèces nécessitant une protection stricte) et II (espèces nécessitant une coopération internationale) de la Convention :

  • Asie : 205
  • Amérique du Sud : 55
  • Afrique : 42
  • Europe : 50
  • Amérique du Nord : 32

(Le total s’élève à plus de 325 car certaines espèces sont présentes sur plusieurs continents.)

Les principaux systèmes fluviaux identifiés comme prioritaires comprennent l’Amazonie et La Plata-Paraná en Amérique du Sud, le Danube en Europe, le Mékong en Asie, le Nil en Afrique et le Gange-Brahmapoutre dans le sous-continent indien.

Basé sur de nombreux ensembles de données mondiales et sur les évaluations de l’UICN portant sur près de 15 000 espèces de poissons d’eau douce, le rapport fournit l’aperçu le plus complet à ce jour des défis de conservation auxquels sont confrontés les poissons d’eau douce migrateurs.

Il décrit également les mesures pratiques que les gouvernements peuvent prendre immédiatement, notamment :

  • protection des couloirs de migration et des flux environnementaux,
  • des plans d’action à l’échelle du bassin et une surveillance transfrontalière, et
  • pêcheries saisonnières coordonnées

Une crise de la biodiversité d’eau douce largement négligée

Les animaux vivant dans les écosystèmes d’eau douce déclinent plus rapidement que ceux vivant sur terre ou dans les océans, mais l’effondrement des poissons migrateurs d’eau douce a reçu relativement peu d’attention à l’échelle mondiale.

Ces poissons dépendent de longs cours d’eau ininterrompus qui relient les frayères, les zones d’alimentation et les nourriceries des plaines inondables, souvent à travers plusieurs pays. Lorsque des barrages, des débits d’eau modifiés ou la dégradation de l’habitat perturbent ces liens, les populations peuvent chuter rapidement.

Le rapport estime que les populations de poissons migrateurs d’eau douce ont diminué d’environ 81 % dans le monde depuis 1970. Presque toutes (97 %) des 58 espèces de poissons migrateurs répertoriées par la CMS (y compris les espèces d’eau douce et d’eau salée) sont désormais menacées d’extinction.

Les résultats montrent que des centaines d’espèces de poissons d’eau douce migratrices sont dans de mauvaises conditions de conservation et soulignent que leur protection nécessite de gérer les rivières comme des systèmes connectés plutôt que de les traiter comme des voies navigables nationales distinctes.

Le bassin amazonien met en évidence des besoins urgents en matière de conservation

En tant qu’hôte de la COP15, le Brésil a proposé plusieurs mesures de conservation axées sur les plus grands systèmes fluviaux d’Amérique du Sud, l’Amazone et La Plata-Paraná.

Le bassin amazonien reste l’un des derniers bastions majeurs pour les poissons d’eau douce migrateurs, mais les pressions croissantes du développement mettent ce statut en danger.

Une étude de cas publiée parallèlement à l’évaluation mondiale identifie 20 espèces de poissons migrateurs en Amazonie qui répondent aux critères d’une éventuelle inscription à l’Annexe II de la CMS. Ces espèces migratrices sur de longues distances sont au cœur des pêcheries régionales, représentant environ 93 % du total des débarquements et soutenant une industrie d’une valeur estimée à 436 millions de dollars chaque année.

Certains de ces poissons entreprennent des voyages remarquables. Le poisson-chat dorade (doré) (Brachyplatystoma rousseauxii), une espèce de fond avec une coloration métallique or/argent et un grand corps (jusqu’à 2 mètres / 6,5 pieds), complète la plus longue migration connue en eau douce de tous les poissons. Son cycle de vie comprend un voyage de 11 000 kilomètres depuis les sources andines jusqu’aux zones d’alevinage côtières.

Pour renforcer les efforts de conservation, le Brésil et d’autres pays proposent un plan d’action multi-espèces pour le poisson-chat migrateur d’Amazonie (2026-2036), élaboré dans le cadre d’une coopération régionale.

Le Brésil a également proposé d’ajouter le poisson-chat sorubim tacheté (Pseudoplatystome corruscan) à l’Annexe II de la CMS, soulignant la nécessité d’une action coordonnée dans le bassin de La Plata, où ces poissons sont menacés par les barrages, la modification des débits d’eau et la pression de la pêche.

Ensemble, ces initiatives représentent certains des efforts internationaux les plus ambitieux visant à protéger les poissons d’eau douce migrateurs. Ils renforcent le principe central de la CMS selon lequel les solutions de conservation doivent couvrir l’ensemble de l’aire géographique des espèces migratrices et dépendent de la coopération entre les pays.

Les experts appellent à une action mondiale coordonnée

Auteur principal, Dr Zeb Hogan :

« Beaucoup des grandes migrations de la faune sauvage dans le monde ont lieu sous l’eau. Cette évaluation montre que les poissons migrateurs d’eau douce sont en grave difficulté et que pour les protéger, il faudra que les pays travaillent ensemble pour maintenir les rivières connectées, productives et pleines de vie. »

Amy Fraenkel, secrétaire exécutive de la CMS :

« Cette nouvelle évaluation met en évidence une priorité majeure pour la conservation des espèces migratrices et de leurs habitats, qui n’a pas bénéficié d’une attention adéquate jusqu’à présent. En alignant la science, la politique et la coopération internationale, les gouvernements peuvent sauvegarder les dernières grandes migrations de poissons d’eau douce dans le monde ainsi que les communautés et les écosystèmes qui en dépendent.

Fonds mondial pour la nature-États-Unis, vice-présidente et responsable adjointe de l’eau douce, Michele Thieme :

« Les rivières ne connaissent pas de frontières, pas plus que les poissons qui en dépendent. La crise qui se déroule sous nos cours d’eau est bien plus grave que la plupart des gens ne le pensent, et nous manquons de temps. Les rivières doivent être gérées comme des systèmes connectés, avec une coordination au-delà des frontières et des investissements dans des solutions à l’échelle du bassin avant que ces migrations ne soient perdues à jamais. »

En chiffres : déclin mondial des poissons migrateurs

  • 325 : Espèces de poissons migrateurs d’eau douce identifiées comme candidates à une action de conservation internationale coordonnée dans le cadre de la CMS (au-delà des 24 espèces déjà inscrites aux Annexes I et II).
  • 205 : espèce identifiée uniquement en Asie, ce qui en fait le point chaud mondial pour les poissons d’eau douce migrateurs en péril.
  • 81 % : déclin estimé des populations de poissons d’eau douce migrateurs dans le monde depuis 1970, l’une des baisses les plus abruptes enregistrées pour un groupe majeur de vertébrés.
  • 97 % : part des poissons migrateurs répertoriés par la CMS et déjà menacés d’extinction.
  • 15 000 : espèces de poissons d’eau douce évaluées via la Liste rouge de l’UICN et les ensembles de données mondiaux utilisés pour produire cette évaluation, la base de données probantes la plus complète jamais rassemblée pour les poissons d’eau douce migrateurs.
  • Plus de 250 : rivières et lacs transfrontaliers dans le monde, ce qui signifie que le succès de la conservation dépend de la coopération entre les pays plutôt que de la seule action nationale.
  • 47 % : part approximative de la surface terrestre située dans des bassins fluviaux partagés.
  • 93 % : Proportion des débarquements des pêcheries amazoniennes composée d’espèces migratrices d’eau douce, soulignant leur rôle essentiel dans les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance régionaux.
  • 436 millions de dollars : valeur annuelle estimée des pêcheries amazoniennes basée sur les espèces migratrices
  • 20 : Espèces du bassin amazonien identifiées comme répondant aux critères d’inscription potentielle à l’Annexe II de la CMS dans la nouvelle étude de cas.
  • Plus de 10 000 kilomètres : la distance de migration du poisson-chat dorade (doré) parmi les plus longues migrations en eau douce jamais enregistrées.
  • 1 solution fondamentale : gérer les rivières comme des systèmes écologiques connectés plutôt que comme des voies navigables nationales isolées.

Documents en anglais, espagnol et français :



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