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02/07/2026

Le piégeage photographique comme outil de surveillance de la santé de la faune – The Applied Ecologist


Dans un monde de maladies émergentes qui menacent à la fois la conservation de la faune sauvage et la santé publique, il n’a jamais été aussi nécessaire de trouver des moyens innovants de surveiller les populations animales. Les méthodes traditionnelles impliquent souvent la capture ou la manipulation d’animaux, ce qui est stressant, coûteux et difficile sur le plan logistique. Et si nous pouvions détecter les maladies sans déranger un animal ? Une solution prometteuse pour relever ce défi est l’utilisation de pièges photographiques. Cet outil non invasif est de plus en plus utilisé dans la recherche sur la faune, et son application pourrait contribuer de manière significative à la surveillance de la santé de la faune.

Déploiement d’un piège photographique lors du travail de terrain © Pablo Palencia

Notre récente revue, publiée dans le Journal d’écologie appliquéea exploré la manière dont les chercheurs utilisent des pièges photographiques pour surveiller les problèmes de santé de la faune sauvage. Nous avons constaté que bien que ces appareils soient largement utilisés pour les études écologiques, leur potentiel de détection des maladies chez la faune sauvage reste sous-utilisé, avec seulement 35 études identifiées au cours des 30 dernières années (1994-2024).

Quelles pathologies les pièges photographiques pourraient-ils détecter ?

Les pièges photographiques agissent comme des sentinelles silencieuses dans la nature, capables d’identifier un large éventail de problèmes de santé visibles. Notre revue a révélé que les pièges photographiques sont utiles pour détecter les maladies (85,7 % des études), la gale sarcoptique étant la plus signalée (83,3 %). Au-delà de cela, les auteurs ont signalé des cas de lèpre (6,7 %), de tumeur faciale du diable de Tasmanie (3,3 %), de maladie cutanée de la girafe (3,3 %) et de gale démodécique (3,3 %).

Exemples d’animaux malades ou blessés détectés par des pièges photographiques sur le terrain. (a) Cerf élaphe avec un sabot amputé suite à un traumatisme, (b) Renard roux avec des lésions compatibles avec la gale sarcoptique, (c) Cerf élaphe avec une lésion compatible avec une plaie ouverte avec myiase entre les branches de la mandibule, (d) Malformation d’un membre d’un cerf, probablement due à une mauvaise cicatrisation d’une fracture, (e) Sanglier avec un membre amputé, (f) Sanglier blessé en fuite, (g) Membre de cerf avec une plaie ouverte, (h) Papillome dans la région inguinale d’un cerf élaphe, et (i) Cerf élaphe cachectique avec plusieurs tiques visibles sur sa patte postérieure droite © Patricia Barroso, Pablo Palencia, groupe SaBio de l’IREC

Par ailleurs, les pièges photographiques ne se limitent pas à la détection de maladies, mais peuvent également détecter efficacement d’autres affections telles que des malformations physiques (5,7 %), des fractures ou des blessures (14,3 %), ou encore des anomalies comportementales ou des marqueurs de stress (2,9 %). En fait, nous avons identifié un total de 51 maladies et problèmes de santé différents qui pourraient potentiellement être détectés par des vétérinaires experts examinant les images de pièges photographiques.

Les atouts et les limites des pièges photographiques pour la surveillance de la santé de la faune sauvage

La grande force du piégeage photographique réside dans sa capacité à assurer une surveillance continue et non invasive sur de vastes zones et sur de longues périodes. Il s’aligne parfaitement sur les principes éthiques de la recherche sur la faune sauvage et peut être particulièrement utile pour surveiller les espèces menacées, les zones à risque ou les maladies dangereuses.

Cependant, comme le reconnaissent fréquemment les auteurs des études examinées (45,7 %), cette approche n’est pas sans défis. Cette zone de fourrure manquante est-elle vraiment une gale, ou simplement une mue saisonnière ? Ce même renard alopécique a-t-il été compté plusieurs fois, faussant nos estimations de prévalence ? De plus, des lésions petites ou à un stade précoce peuvent passer inaperçues, et les espèces petites, insaisissables ou bien camouflées sont souvent sous-représentées dans les données. La qualité de l’image est un autre facteur critique pour une identification précise. Enfin, il est essentiel de rappeler que même la meilleure image capturée par un piège photographique ne peut confirmer la présence d’un pathogène, car elle ne révèle que des symptômes visibles. Les méthodes traditionnelles telles que l’analyse moléculaire d’échantillons non invasifs (par exemple, les selles, la salive ou les cheveux) restent nécessaires à cette fin.

Perspectives d’avenir

Alors, où allons-nous à partir de maintenant ? Les résultats de ces études constituent une base pour les prochaines étapes, qui impliqueront probablement une plus grande automatisation. L’intelligence artificielle permet d’examiner des millions d’images en quelques minutes et de les classer par espèces. Des modèles de formation pour détecter d’éventuels problèmes de santé avec des signes visibles semblent raisonnables et techniquement réalisables, ce qui pourrait à terme permettre une surveillance automatique à grande échelle de ces pathologies. De plus, combiner les données des pièges photographiques avec d’autres technologies, comme l’imagerie thermique ou la photogrammétrie (mesure des lésions via des images), pourrait nous aider à détecter des signes plus subtils et même à quantifier la gravité de la maladie.

Illustration conceptuelle d’un futur modèle d’IA conçu pour distinguer la faune saine et malade. Les recherches sont en cours © Patricia Barroso et Pablo Palencia

Nous devons également élargir la portée. Toutes les études se sont concentrées sur les mammifères et la plupart d’entre elles ont été développées dans l’hémisphère Nord (67,5 %). L’extension de la surveillance par piège photographique aux tropiques riches en biodiversité et à d’autres espèces ou groupes taxonomiques représente une opportunité. De même, si la gale sarcoptique domine la littérature actuelle, de nombreuses autres pathologies présentant des signes visibles, depuis les poxvirus jusqu’aux fibromes cutanés, attendent d’être étudiées.

Implications pour la conservation et la santé mondiale

Le piégeage photographique ne remplacera pas toute la surveillance traditionnelle de la santé de la faune sauvage mais pourrait devenir un outil complémentaire puissant. En fournissant un moyen rentable de détecter précocement les épidémies, de suivre leur propagation et même d’évaluer l’impact des mesures de contrôle, les pièges photographiques peuvent nous aider à prendre des décisions plus efficaces en matière de conservation de la faune sauvage et de santé mondiale. Alors que nous sommes confrontés à un avenir de changement global, l’intégration des pièges photographiques dans nos systèmes de surveillance de la santé représente une approche innovante pour protéger la santé des écosystèmes.

Article de blog de Patricia Barroso et Pablo Palencia. Lire l’article complet « Pathologies pixellisées : le piégeage photographique comme outil de surveillance de la santé de la faune sauvage » dans Journal d’écologie appliquée.



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