Les jardiniers entendent souvent dire qu’ils devraient éviter de planter des herbes à forte odeur, comme le romarin, le fenouil ou la lavande, à côté de plantes plus douces comme le cerfeuil ou le persil, de peur de le faire.maîtriser » « submerger » « dominer», ou encore «modifier » leur saveur. Des mythes comme ceux-ci sont courants dans les guides de plantation d’accompagnement, mais ont-ils un poids scientifique ? Examinons cette affirmation à travers le prisme de la biologie végétale moderne.
1. Les plantes peuvent-elles s’influencer mutuellement ?
À l’origine de ce mythe du jardinage se trouve une question plus large : Une plante peut-elle affecter chimiquement une autre qui pousse à proximité ? Alors que le folklore suppose souvent que oui, la science végétale moderne montre que de telles interactions, bien que réelles, sont très spécifiques, de portée limitée et souvent mal comprises.
Les plantes peuvent s’influencer mutuellement en se faisant concurrence pour lumière, nutriments et eauqui sont interactions physiques. Mais les interactions chimiques entre les plantes sont moins fréquentes et se produisent selon des mécanismes biologiques spécifiquesdont le plus documenté est connu sous le nom de allélopathie.
2. Qu’est-ce que l’allélopathie ?
Allélopathie fait référence à un phénomène biologique dans lequel certaines plantes libèrent des substances biochimiques (appelées produits allélochimiques) qui influencent la germination, la croissance ou la survie des plantes environnantes, soit en inhibant, soit, dans certains cas, en favorisant leur développement. Ces composés peuvent être émis par les exsudats des racines, lessivés des feuilles ou volatilisés dans l’air.
Il est cependant important de préciser : l’allélopathie affecte la croissance ou le développement d’une plante, et non sa saveur ou son profil d’huile essentielle. Bien que l’idée selon laquelle les herbes aromatiques peuvent « changer la saveur » des plantes voisines soit courante dans le folklore du jardinage, il n’existe aucune preuve scientifique pour étayer un tel effet via des processus allélopathiques.
Les interactions allélopathiques sont bien documentées en laboratoire et sur le terrain. Bien que certaines études utilisent des extraits concentrés de plantes ou des composés purifiés pour mesurer des effets spécifiques, de nombreuses plantes présentent naturellement ces interactions dans des conditions réelles. Dans ces cas, les composés allélochimiques s’accumulent dans le sol ou agissent directement sur la végétation voisine par le biais d’une activité biologique normale.
Les exemples documentés incluent :
- Noyer noir (Jujulan noir) – Sorties jugloneun composé qui peut supprimer la croissance de nombreuses plantes voisines, notamment les tomates et les pommes.
- Fenouil (Fenouil commun) – Émet des composés volatils et solubles dans l’eau qui inhibent la germination des graines et le développement des plantules chez d’autres espèces, même à des concentrations relativement faibles (2,5 à 5 %).
- Sorgho (Sorgho bicolore) – Produit sorgoleoneun puissant allélochimique exsudé de ses racines qui inhibe la germination et la croissance des mauvaises herbes.
- Tournesol (Hélianthus annuus) – Il a été démontré que les feuilles et les résidus suppriment la germination de plusieurs espèces de cultures et de mauvaises herbes.
Ces exemples démontrent que l’allélopathie est un phénomène réel et écologiquement significatif. Mais ses effets se limitent à développement des plantes— ne pas modifier les composés chimiques aromatiques des herbes adjacentes.
3. Comment la saveur des plantes est déterminée
La saveur d’une plante, en particulier celle des herbes, est le produit de sa composition biochimiquefaçonné par les deux génétique et conditions environnementales. Chaque espèce de plante possède son propre ensemble de gènes qui régulent la synthèse de composés aromatiques spécifiques, tels que estragole en cerfeuil, eugénol dans le basilicou anéthole dans le fenouil.
Ces composés, notamment huiles volatiles, terpènes, composés phénoliques et flavonoïdes-définir l’arôme, la saveur et les qualités médicinales d’une plante. Ils sont produits en interne par l’usine. voies de biosynthèsequi sont génétiquement codés dans l’ADN de la plante et influencés par les conditions environnementales et non absorbés par l’air ambiant ou les plantes voisines.
Les facteurs qui influencent fortement la production et l’équilibre de ces composés aromatiques comprennent :
- Exposition à la lumière affecte la photosynthèse et la production de métabolites secondaires, ayant un impact direct sur l’intensité de la saveur.
- Composition du sol et fertilitéen particulier les nutriments comme l’azote et le potassium, influencent la synthèse des huiles essentielles et des glycosides.
- Disponibilité de l’eau et humidité peut affecter à la fois le rendement et la concentration en composés aromatiques ; le stress dû à la sécheresse ou un arrosage excessif peuvent modifier les priorités métaboliques de la plante.
- Maturité des plantes et stade de croissance jouent un rôle majeur : de nombreuses herbes atteignent leur apogée juste avant la floraison, lorsque les concentrations en huiles essentielles sont les plus élevées.
- Température et calendrier saisonnier influencent à la fois le taux métabolique et le profil spécifique des substances volatiles produites. Par exemple, des conditions de croissance plus chaudes améliorent souvent la production d’huile dans les herbes méditerranéennes.
Ces facteurs déterminent collectivement la intensité des composés aromatiques exprimés dans la plante, qui sont déterminés par la concentration des huiles aromatiques. C’est pourquoi, par exemple, le basilic cultivé dans un sol pauvre, dans des conditions fraîches ou ombragées, peut avoir un goût moins piquant que celui cultivé dans des conditions chaudes, ensoleillées et fertiles, mais les deux ont toujours le goût du basilic.
Contrairement au mythe populaire, les plantes n’absorbent pas les composés aromatiques ou odorants de leurs voisins par l’air ou les racines d’une manière qui modifie leur propre goût. Comme mentionné ci-dessus, la production d’huiles essentielles est un processus biochimique interne à chaque plante et non quelque chose qui peut être transféré par proximité. Le cerfeuil cultivé à côté du romarin aura le même goût que s’il était cultivé seul. Des facteurs environnementaux tels qu’une chaleur ou une lumière excessive peuvent affecter l’intensité de la saveur du cerfeuil, mais ils ne lui font pas prendre la saveur des herbes voisines. Ce que les jardiniers peuvent percevoir comme des changements de saveur sont souvent le résultat des conditions de croissance et non des interactions entre les plantes.
De plus, même si les plantes peuvent détecter certains signaux volatils aéroportés-tels que les produits chimiques induits par le stress jasmonate de méthyle ou acide salicylique émis par des voisins endommagés ou stressés : ces signaux déclenchent réponses défensiveset non l’absorption ou l’incorporation de composés aromatiques externes.
En bref : une plante de cerfeuil cultivée à côté du romarin n’aura pas le goût du romarin, car la saveur est le résultat de la biochimie interne et non d’une exposition externe à un parfum. Il n’existe aucun support scientifique à l’idée d’un « emprunt de saveur » entre plantes aromatiques. Ainsi, le cerfeuil cultivé à côté du romarin aura toujours le goût du cerfeuil.
4. Pourquoi le mythe persiste
La croyance selon laquelle les herbes aromatiques peuvent influencer la saveur de leurs voisines provient probablement d’un mélange de métaphore culinaire, interprétation erronée de la science végétale légitimeet expériences de jardinage anecdotiques qui ne sont pas basés sur la réalité biochimique.
Plusieurs facteurs contribuent à ce mythe persistant :
- Dominance culinaire confondue avec influence horticole: En cuisine, les herbes fortement parfumées comme le romarin ou la sauge peuvent facilement dominer les herbes plus délicates comme le cerfeuil. Cette observation en cuisine est parfois mal appliquée dans le jardin, ce qui conduit à la fausse hypothèse selon laquelle les herbes fortes « dominent » les saveurs des plantes voisines dans le sol, et pas seulement le goût du plat final.
- Confusion avec l’allélopathie: Certaines plantes, comme le fenouil ou le noyer noir, sont connues pour inhiber chimiquement la croissance d’autres plantes par allélopathie. Les jardiniers confondent parfois cette suppression de croissance avec le transfert de saveur, malgré le fait que ces processus fonctionnent selon des mécanismes complètement différents.
- Mauvais résultats des plantations de compagnons: Les jardiniers pourront observer que le cerfeuil ou la coriandre poussent mal à côté du romarin ou du thym. Cependant, cela est généralement dû à préférences environnementales inadaptées. Le cerfeuil préfère les conditions fraîches et humides et l’ombre partielle, tandis que les herbes méditerranéennes prospèrent dans les endroits chauds, secs et ensoleillés. Ces échecs ne sont pas la preuve d’une influence chimique de l’arôme, mais de conditions de croissance incompatibles.
- Conseils de jardinage vagues ou mal traduits: La littérature populaire sur les jardins met parfois en garde contre la plantation d’herbes « fortes » ensemble, sans définir clairement ce que cela signifie ni citer de soutien scientifique. Ces avertissements généralisés peuvent facilement être interprétés à tort comme faisant référence aux effets de la saveur.
Ensemble, ces malentendus contribuent à la persistance du mythe dans les cercles de jardinage, malgré l’absence de preuves empiriques.
5. Ce que nous dit la science du jardinage
La recherche scientifique sur les interactions entre les plantes, notamment l’allélopathie, la compétition et les plantes compagnes, n’offre aucune preuve crédible que les herbes aromatiques peuvent modifier la chimie des arômes des plantes voisines. Au lieu de cela, la science indique clairement que d’autres facteurs sont les principaux influenceurs de la saveur et de la santé des plantes.
La saveur des herbes est régie par génétique végétale et conditions environnementalespas de proximité avec d’autres plantes parfumées. Chaque plante produit son propre mélange unique d’huiles volatiles et de composés phénoliques, comme le thymol dans le thym ou l’estragole dans le cerfeuil, à base de :
- Exposition à la lumière
- Teneur en éléments nutritifs du sol
- Disponibilité de l’eau
- Température
- Stade de développement
Bien que les plantes puissent libérer et libèrent des composés organiques volatils (COV) dans l’air à des fins telles que signalisation de stress ou défenserien ne prouve que ces composés en suspension dans l’air soient absorbés par les plantes voisines en quantités affectant leur biochimie interne ou leur profil aromatique. Les COV se dispersent rapidement à l’air libre et ne s’intègrent pas dans les voies métaboliques des autres plantes.
Dans le contexte de plantation compagneles avantages qui en résultent, tels qu’une meilleure résistance aux ravageurs, l’attraction des pollinisateurs ou un tampon du microclimat, sont bien documentés. Toutefois, ces avantages concernent santé et productivité des plantespas à altération des composés aromatiques ou gustatifs.
À ce jour, aucune étude évaluée par des pairs ont démontré que des herbes comme le cerfeuil, le basilic ou le persil changent de saveur en raison de leurs voisines aromatiques proches. Lorsque des différences de saveur sont observées, elles peuvent presque toujours être attribuées à des changements d’ensoleillement, aux conditions du sol, au stress des plantes ou au moment de la récolte, et non à un échange chimique entre les plantes.
En bref, la plantation compagne présente de réels avantagesmais changer de saveur grâce à la proximité aromatique n’en fait pas partie.
En conclusion, même si l’idée selon laquelle les herbes partagent leurs saveurs grâce à la proximité est séduisante, elle n’est tout simplement pas étayée par la science végétale. La saveur de chaque plante est déterminée par sa propre constitution génétique et ses conditions de croissance, et non par les parfums ou les arômes de ses voisines. Les idées fausses proviennent souvent de la confusion entre les effets allélopathiques sur la croissance et les changements imaginaires du goût. Comprendre la véritable science derrière les interactions entre les plantes permet aux jardiniers de prendre des décisions plus éclairées, ancrées dans la biologie et non dans le folklore.
Références
- García-Robles, H., Cañadas, EM, Lorite, J. et Fernández-Ondoño, E. (2022). Compromis entre facilitation et interférence des composés allélopathiques dans la récupération de la végétation : le cas de Romarin officinalis dans les habitats de gypse dégradés. Plantes, 11(3), 459. https://doi.org/10.3390/plants11030459
- Elghobashy, RM, El-Darier, SM, Atia, AM et coll. Potentiel allélopathique des extraits aqueux et des huiles essentielles de Romarin officinalis L. et Thymus vulgaris L. J Sol Sci Plante Nutr 24700-715 (2024). https://doi.org/10.1007/s42729-023-01576-x

