Présélectionné pour le Prix Southwood 2025
À propos de la recherche
Aperçu
Notre article explore comment deux équidés sauvages étroitement apparentés – les chevaux de Przewalski et les ânes sauvages d’Asie – coexistent dans les déserts extrêmement limités en eau du Gobi dzoungarien. La théorie classique des niches prédirait une exclusion compétitive dans un tel contexte de pénurie, d’autant plus que les chevaux sont plus dépendants de l’eau. En combinant des expériences d’utilisation contrôlée de l’eau avec des données de pièges photographiques à long terme, nous nous sommes demandé : qu’est-ce qui définit leurs niches aquatiques fondamentales et qu’est-ce qui façonne leurs niches réalisées dans la nature ? Étonnamment, nous avons constaté que la présence humaine joue un rôle crucial dans la médiation de la concurrence et dans la coexistence.
Surprises et défis
Nous nous attendions à des différences physiologiques dans les besoins en eau, mais nous n’avions pas prévu que les infrastructures humaines créeraient des refuges pour les chevaux en générant un « paysage de peur » pour les ânes sauvages. Le plus grand défi consistait à collecter des données à long terme dans un désert isolé : entretenir des pièges photographiques au fil des saisons, faire face à des températures extrêmes et suivre des sources d’eau très dynamiques. D’un point de vue analytique, séparer les différences fondamentales de niche des résultats de niche réalisés nécessitait d’intégrer des expériences captives avec des données de terrain pluriannuelles, ce qui était à la fois complexe et enrichissant.
Prochaines étapes et des implications plus larges
Une prochaine étape clé consistera à comprendre comment l’évolution de l’activité humaine remodèlera la coexistence. Dans notre système, une présence humaine modérée crée actuellement des refuges pour les chevaux en dissuadant les ânes sauvages. Cependant, l’intensification des infrastructures, l’expansion des colonies ou l’utilisation des ressources pourraient bénéficier de manière disproportionnée aux chevaux tout en restreignant l’accès des ânes sauvages, déstabilisant potentiellement cet équilibre. Dans le même temps, le changement climatique devrait intensifier la pénurie d’eau. Les recherches futures doivent intégrer l’écologie comportementale, les données sur les mouvements et la planification socio-écologique pour guider la gestion adaptative, en garantissant que les stratégies de conservation soutiennent une coexistence à long terme et résiliente au climat plutôt que de favoriser involontairement une espèce par rapport à une autre.
Nos résultats montrent que la planification de la conservation dans les systèmes aux ressources limitées doit prendre en compte les interactions multi-espèces et le rôle nuancé des humains. Dans la réserve naturelle de Kalamaili, nos résultats ont déjà éclairé la gestion adaptative : les gestionnaires ont construit deux réservoirs permanents situés à l’écart des colonies et suffisamment grands pour que les ânes sauvages ne puissent pas les épuiser facilement, réduisant ainsi le risque d’exclusion compétitive. Ils prévoient également des sources d’eau dispersées supplémentaires pour élargir l’habitat disponible pour les chevaux de Przewalski, tout en introduisant de nouvelles politiques visant à minimiser les perturbations humaines et à protéger les ânes sauvages très vigilants du harcèlement. L’une des leçons clés de ces travaux est que la coexistence des espèces dans un monde de plus en plus dominé par l’homme et qui se réchauffe peut dépendre non seulement des différences écologiques, mais aussi de la façon dont nous concevons et gérons intentionnellement des paysages partagés.
À propos de l’auteur
Poste actuel
Je termine actuellement mon doctorat à l’Université de Princeton sous la direction du Dr Dan Rubenstein et je prépare ma soutenance de thèse. En même temps, je suis chercheur postdoctoral affilié au National Zoo and Conservation Biology Institute du Smithsonian, où je collabore avec les Drs. Mel Songer et Peter Leimgruber. Mes recherches portent sur l’écologie des équidés, la génétique des populations et la biologie de la conservation. En intégrant l’écologie comportementale, les études de terrain à long terme et la génomique de la conservation, mon objectif est de mieux comprendre comment les espèces réintroduites persistent et s’adaptent au sein de paysages complexes influencés par l’homme.
S’impliquer dans l’écologie
Je suis né et j’ai grandi en Chine, où la tension entre développement rapide et conservation de la faune sauvage est impossible à ignorer. En grandissant, j’ai pu constater à quel point les activités humaines peuvent transformer les paysages et façonner le destin des espèces. À l’université, j’ai été attiré par l’écologie de la réintroduction – l’idée selon laquelle l’extinction à l’état sauvage ne doit pas nécessairement être la fin d’une histoire. J’ai d’abord travaillé sur la restauration du tigre de Chine du Sud (Panthera tigris amoiensis), mais son rétablissement a été limité par une petite population fondatrice et une destruction généralisée de son habitat. Plus tard, lorsque j’ai rencontré le cheval de Przewalski – avec une population plus forte et un vaste habitat désertique encore intact – j’ai ressenti de l’espoir. Cela semblait être une seconde chance, non seulement pour une espèce, mais aussi pour comprendre comment les humains et la faune sauvage pourraient coexister de manière plus réfléchie.
Axe de recherche actuel
Cet article constitue un chapitre central de ma thèse sur la coexistence entre les chevaux de Przewalski et les ânes sauvages d’Asie, et j’ai élargi ce travail dans plusieurs directions. J’ai examiné la différenciation des niches alimentaires et découvert qu’en sympatrie, les chevaux de Przewalski présentent un changement de niche alimentaire et une diversité réduite – une preuve supplémentaire d’un désavantage compétitif – tandis que les ânes sauvages présentent une expansion alimentaire. J’ai également exploré la dynamique hivernale, lorsque les bergers locaux créent un « paysage de peur » encore plus fort pour les ânes sauvages, façonnant leurs mouvements et leur régime alimentaire, tandis que les chevaux sont largement tolérés par la population locale. Ensemble, ces études approfondissent notre compréhension de la manière dont la concurrence et la pression humaine structurent conjointement la coexistence.
Conseils aux collègues écologistes
Soyez patient face à la complexité. En écologie et en conservation, les modèles les plus importants n’émergent souvent qu’après des années d’observation et d’examen des systèmes sous de multiples angles : comportement, régime alimentaire, génétique, climat et influence humaine. J’ai appris que la coexistence est rarement façonnée par un mécanisme unique ; elle est structurée par des compromis subtils et des forces inattendues, notamment humaines. Mon conseil est d’adopter une réflexion interdisciplinaire et un engagement à long terme. La conservation ne consiste pas seulement à sauver une espèce : elle consiste à comprendre les relations dynamiques qui permettent aux espèces de persister ensemble dans un monde en évolution.
Lire l’article complet « Coexistence entre le cheval de Przewalski et l’âne sauvage d’Asie dans le désert : l’importance de l’homme » dans Journal d’écologie appliquée.
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